Le lynchage de Tariq Ramadan

Sur les plateaux de télévision, Tariq Ramadan  brillait par son aisance, son éloquence et sa rhétorique.  Ses prises de position , quelquefois ambigües et dérangeantes , lui ont valu de ne plus être invité. Cela n’a pas suffi  . La justice française  a décidé de lui porter le coup fatal . Sa mise en examen ( à laquelle il s’est rendu spontanément)  a débouché sur une incarcération aux prétextes fallacieux de risques  de fuite et de pression .  Les deux plaintes pour viol  proviennent de personnes dont les convictions sont pour le moins fluctuantes. L’une, qui reste anonyme, s’est convertie à l’islam. L’autre, après avoir été salafiste, a rejoint le mouvement  féministe tout en correspondant avec son violeur après les faits.  Sans mettre en doute ces témoignages,  une certaine prudence aurait dû prévaloir. D’autant plus que les nombreux appels  à la dénonciation n’ont pas permis d’obtenir d’autres plaintes. En Suisse, la presse a relayé les témoignages anonymes de quatre étudiantes qui  disent avoir été  victimes , il y a trente ans, de l’intellectuel musulman. Elles l’accusent d’avoir exercé sur elles une telle  emprise que leur consentement n’était pas « consenti ». Etrange concept. Cette emprise ne provient-elle pas de l’admiration aveugle et excessive pour une  personnalité brillante comme pour  une personne de pouvoir,  un chanteur ou un sportif ?  Claude François, Johnny Halliday, Jacques Chirac ou de nombreux  footballeurs  n’en ont-ils pas profité ? Dans ce » deux poids, deux mesures », il est difficile de ne pas voir dans le lynchage de Tariq Ramadan une occasion pour ses adversaires de l’anéantir définitivement. Dans ce climat délétère, Me Marc Bonnant , avocat de la défense , mérite notre estime. Il ne craint pas de s’exposer aux critiques les plus dures pour faire respecter la justice.   

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                   Genève,  le  6 février  2018    

Jérusalem dans l’Histoire

L’auteure de la lettre du jour du 20 décembre nous rappelle avec raison  les liens qui lient la terre de Judée avec le peuple juif. Le monde entier le reconnait.  Cependant cette reconnaissance n’empêche pas de refuser la décision de Trump d’entériner l’appropriation exclusive de Jérusalem par Israël. Les réactions indignées  dans le monde  inspirent chez l’auteure le préambule suivant « on dirait que le monde entier a des droits sur Jérusalem –sauf  les juifs.  Cette vision  erronée relève d’une posture victimaire.  Les Juifs ont des droits mais ceux-ci ne sont pas exclusifs. Le statut de Jérusalem , voté avec sagesse par l’ONU en 1948, définissait une ville internationalisée et démilitarisée avec une gouvernance indépendante pour tenir compte de l’extraordinaire foisonnement culturel et religieux de cette ville. Depuis 7000 ans, diverses civilisations ont façonné  cette région appelée le Croissant fertile. Les Hébreux et avant eux les Sumériens, les Assyriens, les Perses, les Hittites, les Egyptiens sont à l’origine des plus grandes avancées de notre civilisation (sédentarisation, villes , agriculture , élevage,  écriture, astronomie). L’empreinte laissée par les Hébreux est indéniable. Mais leur présence  pendant 1000 ne représente qu’un épisode dans l’Histoire. Celle-ci  est une succession d’épisodes marqués par des guerres et des exodes provoqués par des catastrophes naturelles , des famines, des épidémies ou des changement climatiques. Au gré de ces aléas, les hommes sont dépositaires temporairement d’un territoire .Ils ne peuvent pas prétendre figer à jamais un lien exclusif sur la base d’un épisode historique. Ceux qui refusent de reconnaître l’Histoire dans sa globalité se racontent des histoires qui finissent par  faire des histoires.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                              Genève, le 21 décembre 2017

Un climat de délation

La LICRA a créé un site »caniveau.ch » qui permet à n’importe qui de se transformer en délateur et en censeur  de tout propos qu’il considérerait comme raciste ou antisémite. De façon identique , le site « balancetonporc » recueille, pêle-mêle, tous les témoignages de femmes victimes de harcèlements selon des critères définis par elles seules. Ainsi une meute de justiciers auto proclamés de la Bien-pensance peuvent jeter l’opprobre sur n’importe qui  et le clouer au pilori  au mépris de toute procédure judiciaire. Pourrons-nous encore critiquer la politique expansionniste d’Israël  ou complimenter une jeune personne pour sa beauté sans que notre nom ne soit marqué par le sceau de l’infamie ? Une certaine presse va se vautrer dans les fanges du sensationnalisme et encourager la délation. En l’absence de tout curseur propre à définir les limites, les déclarations rétroactives, les interprétations tendancieuses et les amalgames vont fleurir. Cette nouvelle Inquisition basée sur la délation engendrera  la censure , la défiance de l’Autre et le délitement du Vivre Ensemble.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                      Conches , le 5 novembre 2017

Les attentats de Barcelone

Alors que l’auteur de la tuerie est en fuite et que son identité et ses motivations relèvent de suppositions, les enquêteurs bâtissent un scénario autour d’une cellule terroriste de douze personnes . Pourquoi écartent-ils  l’hypothèse d’un psychopathe solitaire qui loue une camionnette et fonce dans la foule ? Quels liens trouvent-ils avec le groupe de « terroristes » de Cambrils ? Pourquoi ceux-ci ont-ils été tous abattus alors qu’une vidéo montre la reddition de l’un d’eux ? Comment expliquer la destruction totale de leur maison ? Comment peut-on porter crédit aux revendications tardives du site de propagande de l’EI, étrangement protégé (ou noyauté) par nos services ? Elles permettent le montage d’un scénario où tous les acteurs sont morts ou en fuite et où les indices matériels sont détruits. La désignation d’un ennemi extérieur permet d’exonérer  notre société de la responsabilité de la déviance d’individus violents et psychopathes. La plupart de ceux-ci n’ont jamais fréquenté la mosquée, boivent du vin, consomment de la drogue et rêvent de voitures de luxe. Nos gouvernements préfèrent accuser la nébuleuse islamiste pour renforcer la surveillance et les mesures sécuritaires. Celles-ci soutiennent  aujourd’hui des pans entiers de l’ économie et de l’administration ; armée, police, industries d’armement, services de sécurité et cellules antiterroristes qui entretiennent la peur pour justifier leur activité. Cette politique de l’état d’urgence ne sert qu’à alimenter la spirale infernale de la défiance de l’Autre et est le ferment de la dérive des « Paumés » de la société.
Daniel Fortis
1231 Conches                                                                                                        Genève, le 20 août 2017

La menace planétaire sur nos démocraties

Les cyberattaques  se multiplient . Des hackers neutralisent et rançonnent des entreprises , des industries, des administrations et des  hôpitaux. Ils exploitent les mêmes failles de logiciels  que  la NSA  a abondamment utilisées pour nous espionner.  Les  apprentis-sorciers de l’agence de sécurité américaine sont à l’origine de ces fuites. Ils devraient mettre tout en œuvre pour lutter contre cette nouvelle forme de terrorisme. Imaginez  les conséquences des piratages des systèmes de sécurité des centrales nucléaires, des administrations , des services de la santé, des systèmes de signalisation routières, des contrôles aériens ou des états-majors des armées. . Cette menace apocalyptique est infiniment plus dangereuse que la menace terroriste djihadiste. Cependant , face à cette nouvelle menace,  que font nos gouvernements ?  Ils paraissent ne pas avoir pris conscience du danger car ils  ne consacrent que peu de moyens pour nous en protéger. Ont-ils encore les moyens de s’y opposer ? La nouvelle gouvernance mondiale des  GAFA  ( Google, Apple, Facebook  et Amazon) a déja pris le contrôle de nos vies privées. Pourquoi  ces « monstres » ne s’attaqueraient-ils pas à  la sphère publique et à nos administrations ? Si rien n’est entrepris, nos démocraties  et nos civilisations se dilueront  dans l’avancée rampante de ce totalitarisme numérique.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                      Genève,  le 28 juin 2017

 

La jeunesse ne s’indigne plus

Le président américain Trump a défié le monde en refusant de signer les accords de Paris sur le climat. Son cynisme a brisé la solidarité de 195 pays engagés à protéger les générations futures. A ce « bras d’honneur» fait à la planète, quelle a été la réaction de nos jeunes et de nos étudiants ? Rien. Aucune manifestation, aucune révolte, aucune marche de protestation. Cette résignation est décevante. Au siècle précédent, les étudiants se mobilisaient et s’insurgeaient pour défendre leurs idéaux et leur avenir. Aujourd’hui, le culte de la jouissance et des divertissements, la dictature de l’apparence et le consumérisme compulsif étouffent notre jeunesse. Les GAFA ( Google, Apple, Facebook et Amazon) investissent leur cerveaux à tel point qu’ils ne perçoivent plus les enjeux et l’urgence de la situation. Pourquoi ne descendent-ils pas dans la rue pour s’indigner de la prise en otage de leur avenir? Ils sont pourtant capables d’aller à un concert à Manchester pour défendre leur mode vie ( privilégiée) d’une nébuleuse terroriste. Ils ne voient pas le danger de voir leur vie (tout court) et ,surtout, celle des laissés-pour-compte de la mondialisation, bouleversée par les changements climatiques. L’intelligence et le bon sens sont aujourd’hui marginalisés par l’hyper-information formatée et  uniforme, par le cloisonnement sociétal créé par les réseaux sociaux et par l’avènement de l’intelligence artificielle. Mais , celle-ci, sera-t-elle capable d’éviter, en 2100 , à nos petits-enfants de vivre dans des serres climatisées au milieu des océans ?

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                  Genéve, le 12 juin 2017

Le cauchemar de vivre avec l’état d’urgence

 A chaque événement terroriste, des mesures supplémentaires sont prises. Renforcement de l’état d’urgence, augmentation des effectifs de police, restriction des libertés, contrôle et fichage de la population, augmentation des budgets de l’armée , multiplication des interventions militaires et des assassinats ciblés. Ces mesures s’avèrent être complétement inefficaces et rentrent dans une spirale absurde  qui alimente l’hystérie sécuritaire et anxiogène à l’origine de la déviance psychopathe de quelques individus. De façon systématique, l’islamisme radical est pointé du doigt. Pourtant , dans la plupart des cas, les terroristes boivent du vin, consomment de la drogue et ne fréquentent pas les mosquées. Les revendications farfelues de Daesh sont diffusées par des sites suspects et manipulés. Tout est orchestré pour accuser la religion islamique. Personne ne veut voir le caractère psychopathe et suicidaire de ces individus qui basculent dans la barbarie en représailles à l’interventionnisme occidental. Il est évident que celui-ci le terreau du terrorisme. Il suffit de dresser la liste des pays attaqués pour comprendre le lien avec leurs interventions militaires irresponsables. Tout le monde ferme les yeux sur ces opérations qui tuent, humilient et nourrissent le ressentiment de ces « électrons-libres » exclus, déstructurés, désespérés qui ne perçoivent leur raison de vivre que dans la vengeance et la haine. Il est temps que les gouvernements concernés changent de logiciel pour analyser les causes de cette décomposition sociétale et identifient aussi leurs responsabilités. La perspective résignée de vivre en permanence en état d’urgence est un cauchemar.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                      Genève ,  le 7 juin 2017

 

 

 

Une nouvelle forme de terrorisme

Ces derniers jours, des industries, des administrations, des ambassades et des hôpitaux ont été la cible d’une cyberattaque mondiale. Ces rouages essentiels de notre société ont été neutralisés , paralysés et rançonnés. Cette prise en otage odieuse n’est qu’un avertissement. Potentiellement, cette nébuleuse criminelle  est capable  d’asservir , avec un clic de souris, la planète. Imaginez une prise contrôle des systèmes de sécurité des centrales nucléaires, des administrations publiques , des services de la santé, des services de distribution électriques, des systèmes de signalisation routières, des contrôles aériens ou des état-majors des armées. Ce cataclysme ferait des  millions de morts et transformerait le monde en un capharnaüm . Cette menace terroriste tentaculaire , sans aucune commune mesure avec celle de quelques psychopathes djihadistes, est une épée de Damoclès. Le 13 septembre  2001, deux jours après les attentats, une guerre totale contre le terrorisme islamiste était déclarée sans preuve. Aujourd’hui, face à une menace identifiée et infiniment  plus dangereuse,  les gouvernements sont sans réaction. Ont-ils encore les moyens de s’y opposer ? La nouvelle gouvernance mondiale des  GAFA  ( Google, Apple, Facebook  et Amazon) a déja pris le contrôle de nos vies privées. Pourquoi  ces « monstres » ne lancerait-ils pas leur filet ( le net) pour contrôler la sphère publique et les gouvernements ? Ce totalitarisme numérique rampant est la plus grande menace pour nos démocraties et nos civilisations.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                              Genève, le 17 mai 2017

Ingérences religieuses

Mercredi 22 février, le conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF, a invité à son dîner traditionnel une grande partie de la classe politique française et les candidats à la présidentielle, François Fillon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon. Leurs bonnes notes leur ont valu d’être invités  pour recevoir leur  « certificat  casher ». Les autres candidats, avec leurs mauvaises notes, n’ont pas été invités et n’ont pas reçu la bénédiction du CRIF. Ainsi, Marine Le Pen a le tort d’être la fille de son père, Jean-Luc Mélenchon a eu tort de prendre des positions pro-palestiniennes et l’écologiste, Yannick Jadot  a eu tort d’appeler à boycotter les produits provenant des territoires occupés. Quelle étrange république qui se revendique d’être la championne de la laïcité et de la séparation de la religion et de l’Etat et  dont les serviteurs se soumettent à cet examen religieux et communautaire ! A ce titre, les candidats, ne devraient-ils pas aussi solliciter  le « certificat  halal » auprès du Conseil français du culte musulman et aller à confesse auprès du Primat des Gaules ? Cette intolérable ingérence de la religion dans les débats bafoue les principes démocratiques.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                                       26  février 2017  

L’obscurantisme et le créationnisme

A la stupeur et à l’effroi suscité par l’élection de Donald Trump a succédé un fatalisme et une acceptation complaisante. Le monde de la finance a réagi positivement et a disposé ses pions autour du nouveau pouvoir. Les entreprises américaines se réjouissent des nouvelles commandes liées au  protectionnisme. Les républicains se réconcilient en oubliant les outrances de la campagne. Le premier ministre israélien Netanyahu va continuer à coloniser la Palestine en toute impunité. La presse et les médias  se repositionnent en dissertant sur les raisons de ce vote, parait-il, des pauvres, des oubliés et des désespérés. Pourtant, les vrais pauvres n’ont pas voté Trump. C’est l’Amérique primaire, narcissique, inculte et vénale qui a voté Trump. Obnubilée par la réussite matérielle, les 4×4 polluantes, les armes et la bondieuserie, elle a considéré qu’elle n’a pas suffisamment profité de la mondialisation. Elle s’enferme dans un égoïsme qui prend en otage la planète  et sombre dans un obscurantisme moyenâgeux qui défie l’intelligence. Mike Pence, le future vice-président et Ben Carson, le ministre pressenti à l’Education ne sont-ils pas créationnistes ? Les écoliers américains apprendront que Dieu a créé le monde en 7 jours, il y a 6000 ans !

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                             21, novembre 2016