Tous les articles par Daniel Fortis

Un MAH trop sage

Liaison historico-culturelle

Après deux ans de réflexions, une commission d’experts a rendu ses conclusions concernant la rénovation du MAH. Elles préconisent la concentration des activités sur le site historique avec une extension sur l’école des Beaux-Arts et la création en sous-sol de 2000 m2 de surface d’exposition. La presse a parlé de regard neuf et de projet novateur et ambitieux. Cependant, où trouve-t-on la nouveauté et l’ambition  dans ce projet étriqué et passéiste ? Où se trouve l’intégration du musée dans le tissu urbain, l’accessibilité depuis la basse Ville, la mise en scène du musée  et son ouverture sur la ville ? Où est son attractivité auprès des jeunes ? La plupart des musées ont développé des activités annexes pour attirer ceux-ci : restaurant, amphithéâtre, concert, son et lumière. Le cadre dans lequel s’enferme (et s’enterre) le MAH est trop convenu et trop sage. Il est ancré dans le 19eme siècle et manque d’ambition et d’ouverture. Il ignore les coûts et les difficultés de modernisation d’anciennes bâtisses pour satisfaire les exigences informatiques, techniques, sécuritaire, administratives et sanitaires. Un nouveau bâtiment (comme au Louvre) construit sur la Butte de l’Observatoire serait plus rationnel et permettrait de trouver des surfaces d’exposition  lumineuses et contemporaines ainsi que des activités culturelles et festives attractives. Un parcours spatial historico-culturel depuis le Jardin Anglais avec un cour de Rive piétonnier offrirait une liaison remarquable avec la Basse-Ville.  Cela, tout en préservant aux bâtiments actuels leurs espaces de quiétude, de réflexion et de détente. Il est important que le périmètre du prochain concours d’architecture intègre le potentiel de la Butte pour ouvrir de nouvelles perspectives qui feront du MAH un haut-lieu culturel et la renommée de Genève.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                   Genève , le 3 juillet 2018

Les 240 Sages

Les 240 signataires juifs de la lettre adressée a l’ambassade israélienne forcent notre admiration et notre respect  pour leur clairvoyance et leur courage. En prenant leurs distances avec la politique ultra-religieuse et répressive du gouvernement Netanyahou, ils s’exposent aux critiques de leurs coreligionnaires  sionistes ( voir courrier Tdg du 19 juin )  Tout en restant respectueux de leur identité, ils font une démarche mesurée d’ouverture qui devrait  inspirer la communauté juive de Suisse .Dans ce conflit nourri par des discours extrémistes des deux parties, leurs voix sonnent comme un espoir. Ils sont dignes de cette communauté juive éclairée a laquelle nous sommes redevables dans les domaines de la science, de l’art, de la musique et de la littérature a travers leur intelligence et leur sensibilité. Au début du 20eme siècle, la société juive de Vienne, admirablement décrite par Stefan Zweig, en était la parfaite illustration. L’antisémitisme a dévasté nos sociétés et a fait émerger, en réaction  , le sionisme. Légitime a ses débuts, il est devenu dictatorial aujourd’hui. En le dénonçant a travers une démarche pacifique, les 240 Sages nous donnent une leçon de sagesse.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                         Genève, le 20 juin 2018

 

Trump et Kim, la mascarade

Après des années d’insultes et de menaces réciproques, la poignée de main entre Donald Trump et Kim jung-un scelle la  respectabilité d’un pays de l’Axe du Mal ! Il manque cependant sur la photo Moon Jae-in, le président sud-coréen . Il  lui revient tout le mérite d’être l’initiateur du rapprochement intercoréen. Il a aussi convaincu le paranoïaque et versatile président américain de revenir sur sa décision de boycott de la semaine passée. Sa présence aurait été  légitime. Cependant, elle aurait fait de l’ombre aux deux mégalomaniaques.  Quelles enseignements pouvons-nous  tirer de cette mascarade ? Premièrement, la possession de la bombe atomique est le sésame pour être respecté  sur la scène internationale. Elle permet de rentrer dans le club des puissances qui s’octroient le droit de régenter le monde. Deuxièmement, la nouvelle diplomatie  se caractérise  par  des éructations de tweets outranciers, vantards et menaçants. Troisièmement, les instances démocratiques internationales sont marginalisées et spectatrices  des volte-faces de deux malades mentaux en proie à leur soif de puissance. Ainsi , en quelques mois, le président américain a détruit haineusement le traité de paix avec l’Iran . Il a poignardé dans le dos ses amis européens et il a réhabilité sans condition une  dictature qui va rejoindre Israël et l’Arabie saoudite dans son clan. Face à ces provocations , l’Europe doit rentrer en résistance et proposer une alternative à la cynique politique américaine.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                               Genève,   le 13 juin 2018

La monnaie pleine

Avant de voter sur la monnaie pleine, il est important de mettre en perspective le pragmatisme et l’éthique. Par réalisme à court terme, nous sommes tentés de refuser l’initiative en considérant les risques (très médiatisés) d’une réduction des investissements, d’une hausse des taux et d’un ralentissement économique . Cependant il ne faut pas être amnésique d’un passé tragique et ignorer un présent alarmant . Souvenons-nous des subprimes en 2008 ! La création frénétique de monnaie scripturale a provoqué l’effondrement de tout le système financier. Celui-ci n’a  été sauvé que par la « monnaie pleine » des banques centrales. Les banques défaillantes s’étaient engagées à séparer leurs activités spéculatives de celles de gestion courante. Non seulement elles n’ont pas respecté leurs engagements, mais elles ont continué à imposer leur diktat à l’économie mondiale. Pour illustrer cette arrogance, le système bancaire inféodé aux Etats-Unis fait , aujourd’hui, un ignoble chantage à tous les pays et à toutes les entreprises qui commercent avec l’Iran. L’ hyperpuissance de la finance est telle qu’elle prétend régenter le monde, nos vies, nos valeurs et nos libertés. Il est temps de remettre cette dictature à sa place et de l’obliger à respecter certaines règles. La monnaie pleine a le mérite de contrôler un peu le monstre financier. Les opposants qui dénoncent un aventurisme dangereux devraient méditer le précepte de Sénèque «  Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ».

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                          Genève, le  26  mai  2018 

Le silence de Dieu

Jérusalem, la Ville sainte des trois religions du Livre est devenue synonyme de haine , d’oppression et de guerre. Aucune ville au monde n’a autant de forces policières , de soldats, de barrages, de barbelés pour conforter la domination d’une religion. Comment Dieu , inspirateur commun de ces trois religions, peut-il laisser sa ville de Jérusalem en proie à la violence et à la discrimination ? Où trouve-t-on son discours de paix, de fraternité et de  partage ? Pourquoi ses  commandements révélés à Moïse sont-ils systématiquement  bafoués par ceux-là mêmes  qui évoquent continuellement son nom pour justifier la spoliation de la Palestine ? En effet , il est inscrit » TU NE DEROBERAS POINT ».  Alors, pourquoi annexent-ils par la force la terre de leurs voisins ? Il est aussi inscrit «  TU NE TUERAS POINT » . Alors, pourquoi massacrent-ils les habitants de Gaza  qui manifestent leur désespoir ? Si Dieu existe, il n’est pas compréhensible qu’il reste spectateur de ces crimes perpétrés en son nom. Il est urgent qu’il se manifeste pour faire cesser ce bain de sang et il est temps qu’il punisse ceux qui instrumentalisent sa parole pour faire la guerre, qu’ils soient juifs , chrétiens ou musulmans.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                           Genève,  le  14 mai  2018

 

La forfaiture américaine

Après le show  pitoyable du premier ministre israélien Netanyahou sur le nucléaire iranien, le mégalomaniaque président américain Trump s’associe à cette pitrerie indigne en déchirant le traité avec l’Iran. Ainsi , le parjure, le mensonge, la fourberie, l’arrogance, l’intimidation et le bellicisme ont triomphé. Les trois comparses , les Etats-unis , Israël et l’Arabie saoudite, font un bras d’honneur au reste du monde. Cette forfaiture auraient dû déclencher une condamnation  unanime et des sanctions internationales. A la place de celles-ci, à quoi assistons-nous ?  A une réaction timorée de l’ONU et des pays européens qui ont subi un terrible affront et à des commentaires journalistiques très modérés. Cette lâcheté résulte de la peur des sanctions américaines sur ceux qui respecteraient l’accord  et l’allégeance de tout le système banquier aux injonctions américaines. Ce chantage ignoble permettra de geler tous les échanges avec l’Iran qui a pourtant scrupuleusement respecté ses engagements. Avec le nouvel embargo et la dégradation prévisible de ses conditions économiques , l’Iran humilié va renouer légitimement avec les forces conservatrices. Pourra –t-on lui reprocher alors de reprendre ses activités nucléaires ?  Ce danger ne fait pas peur au clan israélo- américain qui dispose d’un arsenal nucléaire et militaire disproportionné. La victoire militaire leur est acquise mais le désastre de cette forfaiture entachera dorénavant toutes les relations internationales. Ces fossoyeurs de la paix en porteront toute la responsabilité.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                            Genève ,  le 9 mai 2018

La leçon des Coréens

Après une guerre fratricide qui a fait 2 millions de victimes, la Corée a été artificiellement coupée en deux en 1953. Pendant 65 ans, l’état de guerre et la haine a ravagé la péninsule. Les derniers Jeux Olympiques ont fissuré cet enfermement idéologique et belliqueux . En s’affranchissant de la rhétorique guerrière de Trump, le président sud-coréen , Moon Jae-in , a proposé un dialogue à son homologue nord-coréen, Kim Jung-un. La rencontre du 27 avril a donné lieu à une image incroyable et réjouissante de leur embrassade. Celle-ci aurait dû être plus largement publiée pour faire comprendre aux donneurs de leçons occidentaux que la recherche de la paix passe nécessairement par le dialogue avec son ennemi. Les Etats-Unis et Israël  ne l’ont pas compris. Pourtant, en 1993 , la courageuse poignée de main de deux anciens farouches ennemis, Rabin et Arafat, avait soulevé un formidable espoir. Leurs  assassinats l’ont détruit et le  conflit israélo-palestinien continue depuis 70 ans à nourrir la haine dans le monde. Aujourd’hui , l’espoir d’un apaisement avec l’Iran s’éloigne avec la rupture de l’accord nucléaire par les faucons américains, saoudiens et israéliens. Ils nous démontrent que la recherche de la paix  n’est pas leur priorité. Face à ce bellicisme irresponsable, les deux dirigeants coréens donnent à nos « grandes  démocraties » une formidable  leçon. Ils nous prouvent que l’Homme , lorsqu’il s’affranchi des discours primaires et belliqueux, est capable de s’élever et de transcender les conflits.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                Genève,  le 30 avril 2018

 

L’errance toxique des Occidentaux en Syrie

Les Etats-Unis, la France et  l’Angleterre ont bombardé la Syrie. Quelle image donnent-ils au monde ? Celle de justiciers auto- proclamés qui s’arrogent le droit de punir sans preuve ?  Celle de comparses qui bafouent des règles internationales qu’elles imposent aux autres pays ? Celle de présidents dont les gesticulations les contraignent , pour ne pas perdre la face, à intervenir avec des frappes symboliques, inconséquentes et inefficaces ?  En effet, une absurde coïncidence a fait que la ville de Douma tombait aux mains du régime syrien en même temps. Cette agression néocoloniale humiliante ne peut que provoquer une hostilité intériorisée. Ces donneurs de leçons n’ont rien compris à la complexité syrienne et au large soutien de la population à Bachar-al-Assad. Ils n’ont pas pris conscience que l’opposition modérée fantasmée ne faisait pas poids face aux islamistes. L’incohérence de leur ingérence offre à Poutine le rôle du sage qui ne répond pas à la provocation. Quant à la France, elle se compromet dans  une coalition  dont le seul but est d’anéantir le régime iranien. Trump, Netanyahu et Ben Salmane nourrissent une haine farouche de l’Iran. Ils ne craignent pas d’embraser tout le  Moyen-Orient. Le président français ferait bien de se distancer de ce trio toxique de « va-t’en-guerre « et accepter une mission de médiation.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                               Genève , le 16 avril  2018    

Tarnac, un raté magistral

La presse nous a informés de la relax des « terroristes » du Tarnac dans des articles très discrets. Il y a 10 ans , des gauchistes écolo avaient été accusés  d’avoir saboté une ligne du TGV . A l’époque, tous les journaux parlaient d’un complot terroriste majeur. En relayant les propos délirants de la ministre Alliot-Marie et les mensonges de la version officielle, ils  étaient  complices d’une machination étatique et de l’instrumentalisation d’un pseudo-attentat. Cette pitoyable manipulation des services d’un Etat dit-démocratique n’aurait-elle pas dû être dénoncée ? Cet emballement médiatique n’aurait-il pas dû être reconnu ?  La réhabilitation de la vérité n’aurait-elle pas mérité plus que d’anodins entrefilets banalisant des  mensonges d’Etat ? Les écoles de journalisme devraient  apprendre à s’affranchir des versions officielles et cesser de traiter systématiquement de complotistes ceux qui les remettent en cause. Si l’opacité des enquêtes peut expliquer le suivisme des médias, rien ne peut expliquer leur discrétion dans la réhabilitation de la Vérité . 

 

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                         Genève,  le 13 avril  2018

 

L’hysterie anti-russe

Avec l’expulsion de centaines de diplomates russes , les Occidentaux renouent avec une politique anti russe primaire. Ils prennent le risque de réactiver la guerre froide, la course à l’armement et la militarisation par l’OTAN des pays voisins. Cette politique renforce le nationalisme russe et conforte le président Poutine dans son rôle de défenseur de la nation. L’origine de cette russophobie est un banal règlement de comptes entre barbouzes dont l’Histoire est coutumière. Les pays occidentaux s’en offusquent mais oublient qu’ils commanditent eux aussi des assassinats ciblés. Le président américain ne valide-t-il pas des cibles situées à des dizaines de milliers de kilomètres pour éliminer avec des drones un suspect et sa famille ? Les services français n’ont-ils pas donné aux Kurdes la listes des Français partis en Syrie pour les éliminer ?  En 2010, onze membres des services secrets israéliens ne se sont-ils pas vantés d’avoir assassiné un cadre du Hamas dans un hôtel à Dubaï et , en 2004 ,Yasser Arafat dont l’exhumation a permis de démontrer un empoisonnement au polonium, n’a-t-il pas été « traité » par le  Mossad ? L’hypocrisie des Occidentaux est flagrante. Pour masquer leur échec et leur dramatique errance en Syrie, ils vilipendent le gouvernement russe. Cette stratégie ne pourra qu’inciter la Russie à renforcer ses liens avec la Chine, l’Inde et l’Iran et exacerbera les tensions dans le monde. Quant au gouvernement suisse, il convient de saluer sa sagesse de ne pas s’associer à la mise au ban de la Russie.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                       Genève , le 27 mars 2018