Archives de catégorie : Ukraine

L’OTAN, la solution ou le problème

Lors du dernier sommet de Madrid, l’OTAN s’est trouvé un nouvel ennemi. La Chine. Sous le fallacieux prétexte qu’elle représente un défi systémique, l’organisation a invité l’Australie, le Japon et la Corée du Sud pour former une nouvelle coalition anti-chinoise dans le Pacifique. Personne n’est dupe que la puissance économique de la Chine motive cette nouvelle alliance. Avec la désignation du nouvel ennemi chinois (qui n’a jamais envahi un pays), l’OTAN montre son véritable visage. Celui du défenseur des intérêts de l’Occident par les armes. Plus exactement ceux des Etats-Unis. Pourquoi l’Europe, traitée en vassale, devrait-elle s’aligner dans cette guerre pour la suprématie économique ?  

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, l’OTAN n’a pas cessé de mettre l’huile sur le feu, de créer des tensions et d’accumuler des fiascos au Kosovo, en Afghanistan, en Irak et en Lybie. Alors que la Russie avait retiré toutes ses troupes des pays de l’Est et ne menaçait personne, l’organisation aurait dû se dissoudre et laisser l’Europe gérer cette transition pacifique. Mais les Etats-Unis voyaient d’un mauvais œil l’émancipation de l’Europe. Sous la bannière de l’OTAN, ils se sont implantés en reniant leurs paroles dans les pays de l’Est et dans les pays baltes. La probable implantation en Ukraine, synonyme d’encerclement de la Russie, a déclenché l’ire et la folie de Poutine.

Néanmoins, la Finlande et la Suède ont demandé leur adhésion à l’organisation en s’engageant à augmenter leur budget militaire pour acheter du matériel américain. L’Europe, vassalisée, cède à cette hystérie militariste et oublie tous ses engagements environnementaux au profit de ces marchands de guerre. La Suisse doit résister à la tentation de faire allégeance à l’OTAN et de brader sa neutralité. La vision occidentale d’un monde partagé entre les forces du Bien (sous-entendu nous) et les forces du Mal (sous-entendu eux) est non seulement primaire mais porteuse de tous les germes de la guerre.

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                Genève, le 3 juillet 2022  

Boutcha, le nouveau Timisoara

Les médias nous inondent d’images abominables de la banlieue de Boutcha. Des vidéos anonymes, principalement de source ukrainienne, utilisent le floutage, le camouflage et des témoignages surjoués pour démontrer les pires exactions des troupes russes (minage des cadavres, exécutions sommaires, tortures, viols). La violence des images est proportionnelle à leur incohérence (dissémination et abandon des morts dans des positions suspectes, indifférence des passants et des automobilistes, sacs mortuaires immaculés jetés dans une tranchée à quelques mètres d’une église). Cela fait penser au faux charnier de Timisoara. En 1983, dans le cimetière de Timisoara, la télévision yougoslave avait mis en scène vingt cadavres sensés illustrer le massacre par la police de Ceausescu de milliers de manifestants. Les télévisions occidentales avaient relayé sans réserve cette information mensongère. L’effroi et l’indignation générale avaient permis l’arrestation et l’exécution du dictateur et de son épouse après un simulacre de procès. L’exhumation de vieux cadavres et la fiction d’un massacre avaient suffi. Au Kosovo en 1999, le scénario avait été similaire avec l’exhibition de morts sur le bas-côté de la route de Raçak. Cette mise en scène macabre avait déclenché l’intervention de l’OTAN.

Aujourd’hui, à Boutcha, les médias occidentaux sont totalement alignés sur la propagande ukrainienne. Ils devraient comprendre que les opinions publiques n’ont pas besoin  de ces manipulations pour conforter la ferme et légitime condamnation de l’invasion de l’Ukraine. De surcroit, la diffusion d’images douteuses  comporte des risques. Celui d’être désavoué par une enquête impartiale mais aussi celui de détruire toutes les perspectives de sortie de cette crise conditionnée  par la neutralité de l’Ukraine, le gel de l’avancée de l’OTAN et l’autodétermination des régions.

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                      Genève, le 5 avril 2022 

Ukraine, l’OTAN en question

Jusqu’en 1989, l’OTAN avait toute sa légitimité dans la défense de l’Europe  face à la menace russe. Avec la chute du mur de Berlin et la dissolution du pacte de Varsovie, le président russe Gorbatchev a unilatéralement et pacifiquement retiré toutes ses armes des pays de l’Est. Une nouvelle ère de paix s’ouvrait en Europe. L’OTAN qui avait toutes les raisons de se retirer n’a pas infléchi sa politique.  Non seulement, elle n’a pas retiré d’armement, mais elle s’est empressée d’élargir son emprise sur les pays libérés. Complètement inféodée aux Etats-Unis, l’OTAN est alors sortie de sa mission de défense de la zone nord-atlantique inscrite dans ses statuts. Devenue le bras armé de l’Occident et du nouvel ordre mondial, elle a pris une posture agressive en intervenant aux quatre coins du monde. Guerres du Kosovo, d’Afghanistan, d’Irak et de la Syrie qui se sont toutes soldées par des échecs et une déstabilisation dramatique. Elle pratique aujourd’hui une politique expansionniste dans les anciennes républiques de l’URSS en ignorant les liens historiques et culturels qui les lient à la Russie. Humilié par ce grignotage territorial et menacé d’un encerclement hostile, le président Poutine n’a pas cessé de répéter que l’Ukraine était sa ligne rouge. En 1962, le président Kennedy avait, lui aussi, légitimement fixé sa ligne rouge face à l’installation de bases russes à Cuba. La sagesse avait alors prévalu et la Russie s’était retirée. L’OTAN, elle, n’a pas eu la sagesse de renoncer à installer ses bases en Ukraine.  Aujourd’hui, l’obstination des Occidentaux a donné un prétexte à la dérive guerrière du président russe. Son inquiétante personnalité et son obsession nationaliste sont devenues un grand danger pour l’Europe. Si celle-ci n’avait pas fait une totale allégeance à l’OTAN et avait créé une armée européenne de défense commune, ce conflit aurait été évité. Les liens historiques entre la Russie et l’Europe auraient prévalu.

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                                  Genève, le 27 février  2022