Son, lumière et éboulement

La troupe Antigel a organisé, le 10 février 2018 , un son et lumière dans la gravière du Salève. Cauchemar des Genevois , ce lieu dévasté et défiguré a servi de décor à une mise en scène de fin du monde où l’éboulement survenu le samedi 11 novembre 2017 à 03h du matin aurait dû avoir sa place . En effet, ce jour-là, plusieurs milliers de mètres cube se sont détachés  de la face du Salève et sont tombés dans la zone  d’exploitation de la gravière. Seule la chance a évité des conséquences dramatiques.  Cet éboulement ( dont on voit la zone de décrochage au milieu de la falaise) est passé inaperçu. Les propos lénifiants du concessionnaire de la gravière qui a déclaré que tout était sous contrôle n’ont suscité aucun commentaire. Cependant , cet incident potentiellement très grave auraient dû remettre en cause les conditions d’exploitation de cette gravière avec des questions telles que :  Sécurisation du personnel ? Fragilisation de la falaise ?  Délitement par l’eau en absence de végétation ? Etendue des zones à risques ? Purge des zones dangereuses et avenir de cette exploitation ? Il est incompréhensible que personne n’ait demandé l’ouverture d’une enquête sur l’origine et les circonstances de l’événement ainsi que  sur la fiabilité du mode d’exploitation. Faudrait-il comprendre que les intérêts économiques sont trop importants ?

 

Daniel Fortis                                                                      Genève,  le 16  février  2018

 

Le lynchage de Tariq Ramadan

Sur les plateaux de télévision, Tariq Ramadan  brillait par son aisance, son éloquence et sa rhétorique.  Ses prises de position , quelquefois ambigües et dérangeantes , lui ont valu de ne plus être invité. Cela n’a pas suffi  . La justice française  a décidé de lui porter le coup fatal . Sa mise en examen ( à laquelle il s’est rendu spontanément)  a débouché sur une incarcération aux prétextes fallacieux de risques  de fuite et de pression .  Les deux plaintes pour viol  proviennent de personnes dont les convictions sont pour le moins fluctuantes. L’une, qui reste anonyme, s’est convertie à l’islam. L’autre, après avoir été salafiste, a rejoint le mouvement  féministe tout en correspondant avec son violeur après les faits.  Sans mettre en doute ces témoignages,  une certaine prudence aurait dû prévaloir. D’autant plus que les nombreux appels  à la dénonciation n’ont pas permis d’obtenir d’autres plaintes. En Suisse, la presse a relayé les témoignages anonymes de quatre étudiantes qui  disent avoir été  victimes , il y a trente ans, de l’intellectuel musulman. Elles l’accusent d’avoir exercé sur elles une telle  emprise que leur consentement n’était pas « consenti ». Etrange concept. Cette emprise ne provient-elle pas de l’admiration aveugle et excessive pour une  personnalité brillante comme pour  une personne de pouvoir,  un chanteur ou un sportif ?  Claude François, Johnny Halliday, Jacques Chirac ou de nombreux  footballeurs  n’en ont-ils pas profité ? Dans ce » deux poids, deux mesures », il est difficile de ne pas voir dans le lynchage de Tariq Ramadan une occasion pour ses adversaires de l’anéantir définitivement. Dans ce climat délétère, Me Marc Bonnant , avocat de la défense , mérite notre estime. Il ne craint pas de s’exposer aux critiques les plus dures pour faire respecter la justice.   

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                   Genève,  le  6 février  2018    

Un climat de délation

La LICRA a créé un site »caniveau.ch » qui permet à n’importe qui de se transformer en délateur et en censeur  de tout propos qu’il considérerait comme raciste ou antisémite. De façon identique , le site « balancetonporc » recueille, pêle-mêle, tous les témoignages de femmes victimes de harcèlements selon des critères définis par elles seules. Ainsi une meute de justiciers auto proclamés de la Bien-pensance peuvent jeter l’opprobre sur n’importe qui  et le clouer au pilori  au mépris de toute procédure judiciaire. Pourrons-nous encore critiquer la politique expansionniste d’Israël  ou complimenter une jeune personne pour sa beauté sans que notre nom ne soit marqué par le sceau de l’infamie ? Une certaine presse va se vautrer dans les fanges du sensationnalisme et encourager la délation. En l’absence de tout curseur propre à définir les limites, les déclarations rétroactives, les interprétations tendancieuses et les amalgames vont fleurir. Cette nouvelle Inquisition basée sur la délation engendrera  la censure , la défiance de l’Autre et le délitement du Vivre Ensemble.

 

Daniel Fortis

1231 Conches                                                                                      Conches , le 5 novembre 2017

1899 – 2016

1899-2016En 1899, les autorités genevoises ont organisé un concours pour la construction d’un musée d’Art et d’ Histoire. Quarante-sept architectes ont répondu à cet appel. Le projet primé de Marc Camoletti était accompagné par un dessin de jardins-terrasses à la française sur la butte de l’Observatoire qui descendait par palier jusqu’au niveau de la rue Ferdinand-Hodler (voir le dessin).

La remarquable situation du Bastion Saint-Antoine (dans l’alignement du jet d’eau et du Rond- Point de Rive) a naturellement inspiré le talentueux architecte qui a immédiatement vu le potentiel de cette articulation entre la Basse-ville et la Vieille-Ville.
Actuellement, ce potentiel est sous-exploité . La Butte, peu attractive, obstrue la visibilité du musée, occulte les admirables perspectives urbaines et ferme toutes les liaisons. Pour relancer le projet de rénovation du MAH, il conviendrait que nos autorités initient un concours ambitieux, visionnaire et mobilisateur pour faire émerger des projets enthousiasmants en intégrant la valorisation de la Butte. Genève en  aura-t-elle l’audace en 2016 ? Pour ma part, j’aurais essayé.

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Daniel Fortis                                                                                    1231 Conches

MAH: la réconciliation autour d’un projet ambitieux

Au-delà de la déception des défenseurs et de l’« amère » victoire des opposants au projet, il est nécessaire de tourner la page, d’oublier les invectives et de s’insurger contre la perspective d’attendre dix ans un nouveau projet. Genève a la chance que ses citoyens partagent les mêmes convictions. Genève mérite un beau musée. Sa rénovation et son adaptation aux nouvelles technologies sont incontournables. Son accès et son concept doivent être attratifs pour un large public. Le partage de ces principes peut créer une nouvelle synergie. Celle-ci doit être portée par un projet audacieux et mobilisateur. L’exceptionnelle situation du musée ( position dominante et dégagée à l’entrée de la  Vieille ville) mérite une meilleure visibilité. Sans remettre en cause l’ arborisation et les cheminements latéraux de la butte de l’Observatoire, sa surélévation centrale occulte le musée et dissocie la ville haute de la ville basse. D’un attrait tout relatif, elle crée une zone rébarbative le long de la rue Ferdinand-Hodler. Elle se trouve cependant dans un alignement remarquable (mais peu remarqué) du Rond-Point de Rive au jet d’eau. Quelle meilleure opportunité pour redéfinir un nouvel axe urbain ponctué par un symbole fort  tel une « pyramide du Louvre » genevoise servant d’accès et d’extension à notre musée. Ce bâtiment neuf intégrerait plus facilement toute la technique et les commodités dans ses sous-sols. Sa partie émergeante transparente, lumineuse et conviviale pourrait abriter les zones publiques ( billetterie, boutique, restaurant, salle de conférence et expositions temporaires). Quant au musée  rénové et sa cour, ils offriront des espaces de quiétude, de réflexion et de détente . La belle et majestueuse façade de notre musée sera mise en valeur par le « dialogue visuel » avec une audacieuse modernité. On pourra alors rêver que nos touristes visitent notre musée à la place de notre sempiternelle horloge fleurie.

 

Daniel Fortis

1231 Conches