Impressions d’Inde

IMPRESSIONS D’INDE

KERALA 28.03.2005 au 15.04.2005

 

Pays de tous les superlatifs, de tous les contrastes et de toutes les contradictions. Rien n’est ici banal, insignifiant ou médiocre. La normalité de nos valeurs est ici complètement bouleversée. Comme dans une séance d’ayurveda, notre corps et notre tête sont massés, frottés, frappés sans ménagement entre bien-être et souffrance. On en ressort sonné mais serein.

La succession d’images, d’impressions où se mêlent bonheur de vivre et souffrance submerge notre conscience à tel point que le trop-plein se déverse dans notre inconscient. Des nuits agitées restituent dans des rêves délirants, cette surabondance de ressenti.

Malgré le foisonnement incohérent des images, les scènes de la vie quotidienne obéissent à une ordonnance où chaque personne et chaque chose a un sens. Des femmes cassent des cailloux pour l’encaissement des routes, des hommes cheminent le long des routes sans but apparent, toute sorte de véhicules poussifs et vétustes circulent dans un flux tortueux et bruyant mais laminaire, des enfants aux sourires radieux manifestent leurs exubérances, les femmes aux saris de couleurs flamboyantes cheminent avec une démarche princière à côté de mendiants dans une déchéance extrême et des vaches alanguies regardent placidement les agitations de la foule. La vie s’écoule simplement, sans agressivité et sans compétition. La circulation avec ses dépassements effectués dans des conditions apparemment périlleuses, deviennent une sorte de ballet accompagné par un concert de klaxon à la signification bien précise. Aucun agent de circulation, aucune priorité, aucune agressivité, aucun vroum-vroum d’excités macho, mais, l’attention, le respect de l’autre et une vitesse modérée pour réagir en toute circonstance.

 

Immense pays qui a su intégrer, assimiler et faire cohabiter toutes les cultures ( Aryenne, grecque, chrétienne, moghole, occidentale ) et toutes les religions. La tolérance et la sagesse ont permis cette cohabitation. Ainsi les chrétiens pour ne pas heurter les autres religions se déchaussent dans les églises, respectent la distinction des hommes et des femmes. L’appel à la prière du muezzin est discret. Et chacun respecte les fêtes de l’autre.

 

Cet admirable et fragile équilibre risque cependant d’être balayé et submergé par le tsunami de la modernité et du matérialisme occidental. Toutes les publicités sont réalisés avec des modèles indien « occidentalisés » et provocants. Le cinéma et la télévision indienne sont pollués par des émissions débiles inspirées par notre civilisation. La société traditionnelle indienne résistera-t-elle au mirage occidental ?

 

Ce pays souffle le « chaud et froid » sans transition. La sublime harmonie des Backwaters contraste avec l’extrême inhumanité des grandes villes. La pureté et l’exubérance des paysages du Kerala s’oppose à la laideur et à la pollution des mégalopoles. La richesse indécente de quelques-uns côtoie l’indigence révoltante des autres.

L’Inde repousse les extrêmes pour mieux nous faire comprendre la grandeur et la fragilité de notre condition humaine.

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